Encore un week-end pourri qui s’annonce pour Paul. Il est cloîtré dans son internat, avec quelques autres camarades. Tous les élèves sont partis dans leur famille. Paul, lui, est tenu de rester dans l’internat : ses parents n’ont pas les moyens de payer le long voyage hebdomadaire qui lui permettraient de regagner sa famille. Il tourne donc en rond dans les couloirs immenses, s’amuse à se perdre ou s’imagine mille aventures dans les salles de classe désertes. Souvent, avec ses compagnons, il s’invente des chasses aux trésors, des parties de cache cache, ou tout simplement des tournois de baby foot. Il aimerait bien profiter d’un sentiment de bien-être en découvrant une nouvelle passion, mais pour le moment il n’a de goût à rien. Aujourd’hui, Paul n’a le coeur a rien, et il se demande bien ce qu’il va pouvoir faire pour tuer le temps qui n’en finit pas. Il a remarqué en haut d’un escalier une porte toujours fermée qui doit donner dans le grenier ; il se demande bien ce que peut receler cet endroit. Mais il n’y prête pas plus attention.

A un moment, il s’aventure vers la salle de sciences naturelles. Il lui est normalement interdit de pénétrer dans ces salles pour raison de sécurité. D’ailleurs les portes sont verrouillées. A proximité, il remarque une salle entrouverte. Il regarde si personne ne se trouve dans les parages. Tout va bien. La voie semble libre. Avec une certaine angoisse, il entre doucement dans la pièce. Il retient son souffle quand il referme la porte derrière lui.Il ne sait pas ce qu’il donnera comme prétexte si quelqu’un le surprend dans ce lieu interdit. La pièce est sombre et mal éclairée. Lorsque ses yeux sont habitués à la lumière, il distingue des placards, des tables et des chaises. Une salle de classe banale. Le silence est pesant et il s’apprête à repartir. Mais comme il ne sait pas quoi faire, il décide de s’approcher des placards et d’en découvrir le contenu. Il ouvre les portes les unes après les autres. Rien d’original. Il n’y a que des livres, des cahiers et des fournitures nécessaires pour les cours qui y sont donnés.

Soudain, au fond d’une étagère, une boîte recouverte d’un plastique. Que peut-elle bien contenir ? Il soupèse le colis qui lui paraît un peu lourd. L’odeur de renfermé le rebute un peu dans un premier temps, mais prenant sur lui, il se saisit de la boîte et la dépose sur la table la plus proche. Il est surpris, car la boite n’est pas uniforme. On peut sentir des espaces irréguliers tout autour. Pourvu qu’il ne s’agisse pas d’un produit dangereux. Il n’ose imaginer les punitions qui lui seraient infligées en cas d’imprudence ou si on le surprend dans un tel lieu. Finalement, il se risque à soulever délicatement le cache qui recouvre l’objet. Il découvre alors une machine à écrire d’un vieux modèle de marque Remington. Un peu déçu, il s’apprête à remettre l’objet à sa place. Au moment de s’exécuter, il remarque un livre où figure en page de couverture la reproduction de la machine à écrire. Il se saisit du livre et s’aperçoit qu’il s’agit d’une méthode pour apprendre à taper à la machine.

Le livre est agréable à regarder. Il le feuillette lentement tandis qu’une idée germe dans son esprit. Il a du temps libre devant lui. Pas de contrainte, à part les horaires des repas et des temps d’étude. Il avise une table, installe la machine à écrire et ouvre le fascicule à la première page. Après avoir pris connaissance de l’introduction générale, il arrive au premier chapitre où il commence à apprendre les premiers rudiments. Il sent qu’un nouveau monde s’offre à lui et qu’il va pouvoir développer de nouveaux talents. Les premières leçons lui semblent fastidieuses, mais le cliquetis des touches lui font comme une mélodie étrange ponctuée par la sonnerie qui l’avertit qu’il lui faut actionner le chariot.

Plus rien ne va le distraire de sa nouvelle passion. Avec persévérance et avec méticulosité, il va progresser ainsi dans la maîtrise de la dactylographie. Au début surpris, les surveillants de service se sont interrogés sur cette occupation. Après quelques remarques pour le décourager, ils ont fini par abandonner, se disant qu’après tout, il ne dérangeait personne. Le temps que cela durait, il ne faisait pas de bêtises et qu’il finirait bien par se lasser. Mais le temps a passé et Paul a pu terminer sa méthode de dactylographie jusqu’au bout.

Malgré tout, une question le taraude : que peut bien renfermer ce grenier toujours fermé à clé ?