L’une des activités que je pratique stimule au maximum les sens est la randonnée. Découvrir de nouveaux paysages au rythme lent de la marche aide à nous pénétrer de diverses sensations vécues au temps présent. Lorsque je marche lentement sur un chemin montagneux, il m’arrive régulièrement d’imprimer mes pas au contact du sol et sentir l’enracinement de mes pieds sur la terre. Le sens du toucher est alors fortement mis à contribution et je complète ce contact en posant ma main sur un rocher, une plante… Je prends conscience de la rugosité de la roche, de la douceur de la plante, des irrégularités des écorces des arbres.

Il m’est même arrivé une fois de vivre une expérience unique : au détour d’un chemin, je me suis trouvé nez à nez avec un chevreuil. Je me suis alors arrêté net, très surpris par cette rencontre. Pendant un instant assez bref, nous nous sommes regardés et j’ai avancé ma main doucement. J’ai pu effleurer la robe de l’animal. Il a alors penché sa tête vers ma main, puis après l’avoir brièvement reniflée, il s’est enfoncé dans la forêt tranquillement. Je me souviendrai toujours de ce moment unique et n’ai jamais compris pourquoi la bête ne s’était pas enfuie. Etait-ce un envoyé du ciel incarné dans cette créature ? Etait-ce inconscience de l’animal qui, dans un bref instant, n’eut plus conscience du danger éventuel qu’il pouvait courir ? Jusqu’à présent, je n’ai toujours pas compris son attitude peu farouche, mais j’ai pris cet instant comme un véritable cadeau qui m’était offert.

J’ai pu réaliser également dans son intégralité le parcours du GR 1. Ce sentier de grande randonnée d’une longueur de 500 kilomètres environ, effectue le grand tour de Paris. J’ai pu l’effectuer pendant plusieurs week-ends en reliant une gare à une autre. Pas besoin de faire de grands voyages pour se retrouver dans des environnements parfois surprenants. Mes yeux ont été souvent éblouis et émerveillés de voir des paysages insoupçonnés tels qu’un moulin au bord d’un ruisseau, des petites cascades, des endroits escarpés.

Là aussi, au cours d’une de ces sorties, il m’est souvent arrivé des aventures enrichissantes. Un jour, j’avais prévu de faire une halte dans un restaurant situé dans un petit village. Je n’avais donc rien prévu pour manger. Après une matinée de marche, j’arrive enfin à destination, me réjouissant à l’avance d’un repas réparateur. Au moment de pénétrer dans le restaurant, un panneau m’indique qu’il était fermé juste le jour de ma visite. Ma déception fut alors très grande. De plus, j’étais affamé. Je ne pouvais pas continuer mon périple sans manger quelque chose. Heureusement, après quelques pas, je suis tombé sur un verger où j’ai pu avaler quelques pommes et quelques poires. Ce repas, certes frugal, me fit le plus grand bien. Jamais je n’ai autant apprécié le goût de ces fruits que j’ai savouré avec beaucoup de délectation.

Lors de ces randonnées, surtout en traversant des forêts, j’écoute souvent le chant des oiseaux. Ils s’échangent de véritables mélodies. Cela m’évoque alors Olivier Messiaen qui s’est attaché à composer des oeuvres musicales à partir des chants d’oiseau qu’il enregistrait et retranscrivait. Je regrette alors de ne pas savoir reconnaître les espèces d’oiseaux en fonction de leurs chants. Je me souviens par exemple que, au cours d’une visite guidée dans la nature, notre accompagnateur détectait le sens des chants d’oiseaux qui s’interpellaient. Lorsqu’il nous disait qu’un chant signalait notre présence à d’autres oiseaux, j’étais intrigué par les possibilités qu’offrait la nature. J’aimerais bien également pouvoir interpréter les langages secrets des animaux.

D’autres sons, au cours de ces promenades m’arrivaient parfois aux oreilles. Au début, j’avais du mal à comprendre ces bruits étranges sourds et continus. C’était comme une rumeur sourde et monotone qui s’amplifiait et prenait de l’ampleur. Je déterminais facilement l’origine de ces bruits : ils me ramenaient durement à la civilisation puisqu’il s’agissait du flot incessant des voitures sur une autoroute. D’ailleurs, je constatais rapidement que les chants des oiseaux diminuait dès lors qu’on s’approchait de cette rivière de bitume.

Je pourrais ainsi raconter plein d’histoires ayant ainsi des rapports avec les sens. Tout un livre n’y suffirait peut-être pas, mais si vous le désirez, cela pourra faire l’objet de futurs articles. Et vous, je vous invite aussi à partager votre expérience en la matière.

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