Le lundi 15 avril 2019, un incendie a ravagé la toiture de la cathédrale Notre-Dame de Paris. Toute la charpente composée d’arbres centenaires est partie en fumée. La destruction de ce lieu chargé d’histoire a bouleversé le monde entier et toute la classe politique a partagé l’émotion de beaucoup de personnes dont certaines, impuissantes, assistaient à son éventuelle disparition. Bien entendu, je fus aussi très ému par ce sinistre. Je me souvins alors de l’incendie qui ravagea la cathédrale de Nantes en 1970. Elle vient d’être restaurée il n’y a que quelques années seulement. J’imagine donc qu’il faudra plusieurs décennies avant que la cathédrale Notre Dame de Paris ne retrouve sa splendeur passée.

  • Un chef d’oeuvre d’exception.

Cet endroit permettait de mettre en éveil nos cinq sens. En guise d’hommage, je voudrais rappeler ici en quoi ce  monument pouvait contribuer à éveiller nos sens. Tout d’abord, le premier sens mis en éveil est la vue. On ne peut qu’être ébloui par la splendeur des trois grandes rosaces qui ornent trois faces de la cathédrale (orientale, septentrionale et méridionale). A chaque période de la journée ou bien en fonction des saisons, le soleil vient mettre en relief les couleurs chatoyantes des différents vitraux. Il m’est arrivé de rester longtemps à admirer les effets lumineux qui mettent en valeur les différentes scènes bibliques qui composent ces rosaces. On ne se lasse pas d’admirer les changements de nuance qui apportent diverses émotions en fonction du moment. On peut aussi se laisser emporter par la vue de l’architecture gothique, à l’élégance des décorations sculptées, de l’envolée des piliers qui nous entraînent vers les sommets.

  • Une acoustique exceptionnelle.

Il est possible également de se laisser émouvoir par la musique céleste des grandes orgues au cours de concerts enchanteurs. Près de 7300 tuyaux permettent une gamme de sons très étendue. Les organistes peuvent laisser libre cours à des improvisations ou peuvent mettre en valeur des oeuvres classiques ou contemporaines dans des conditions exceptionnelles grâce à la qualité de l’acoustique dans la cathédrale. Au cours des offices, les chants s’envolent vers les cieux et invitent à la méditation et au recueillement. Que d’émotions ressenties lors de tels moments. Il est difficile de savoir s’il me sera possible de revivre de tels moments. Grâce aux progrès techniques, j’espère qu’il me sera donné de profiter prochainement de concerts prestigieux.

  • Une atmosphère particulière.

On peut également être frappé par l’atmosphère particulière qui se dégage de cet endroit grâce aux odeurs d’encens, des nombreux cierges qui s’accumulent aux pieds des statues. Ces bougies traduisent la ferveur des pèlerins effectuant leurs dévotions. On peut ainsi évoquer les grandes figures historiques qui ont fréquenté la cathédrale. Ici, Paul Claudel s’est converti en écoutant un office le jour de Noël 1886. Une plaque rappelle l’événement à proximité de la statue de Notre Dame située sur la droite du choeur. De nombreux événements historiques ont ponctué la vie du monument. Il a souvent été menacé et a traversé les dangers. Pendant la Révolution française, le bâtiment faillit être détruit et ne fut sauvé que par l’imagination de quelqu’un qui proposa de le transformer en temple de la raison. Il faillit être emporté par les événements de la Commune en 1870. Il traversa les périodes des deux guerres mondiales et fut préservé des dangers qui le menaçaient.

  • Un signe des temps ?

Cet incendie est le danger le plus grave que la cathédrale est en train de traverser. Je suis frappé de constater qu’il est intervenu au tout début de la Semaine Sainte qui nous conduit aux fêtes pascales. Faut-il y voir un signe des temps ? En effet, un esprit laïcard veut mettre à mal tous les symboles de la religion sous prétexte d’une neutralité se voulant bienveillante. En conséquence, cette épreuve serait-elle permise pour nous secouer et nous remettre en question, afin que nous puissions retrouver nos fondamentaux, afin de nous prendre conscience que la chrétienté constitue notre spécificité, alors que certains veulent s’efforcer de nier les racines chrétiennes de l’Europe ? Les réactions des politiques, quelles que soient leurs opinions, sont rassurantes, et éveillent de l’espoir quant à retrouver nos valeurs. Le temps où un certain ministre dont le nom ne mérite pas d’être cité, se faisait une gloire de ne jamais rentrer dans une église, sous un futile prétexte de laïcité mal placé semble bien loin. J’ai été très frappé par la vive émotion que ressentait Stéphane Bern, en charge de la valorisation du patrimoine, ayant du mal à s’exprimer tant il était aux bords des larmes.

Ainsi, ce lieu exceptionnel a suscité dans le monde entier une empathie partagée. Un élan de solidarité s’est mis en marche pour venir au secours de la cathédrale. J’espère que les moyens mis en oeuvre permettront une accélération des travaux de rénovation et que nous pourrons à nouveau profiter de ce lieu d’exception.

 

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