Semaine après semaine, mois après mois, pendant les week-ends où Paul était obligé de rester en internat, il a appris pas à pas la dactylographie. Au début, cela lui paraissait ennuyeux et fastidieux. Comme il n’avait rien d’autre à faire et pour tuer le temps, il s’est accroché malgré tout. Au fur et à mesure, il est devenu “expert” dans ce domaine et est même arrivé à taper très rapidement. Il pense même qu’il vient d’acquérir un trésor surprenant qui lui permettra d’accéder à un autre monde. Son ami Daniel au début n’a pas compris la lubie de Paul. Mais, lui aussi n’ayant rien d’autre à faire, a fini par adhérer à l’occupation de Paul. Tous deux se sont lancés finalement des défis. Ils ont pu tous deux aboutir à une émulation qui les a conduits à la perfection.

Cependant, avant d’aller faire leurs exercices, ils sont toujours intrigués par ce que peut abriter le grenier toujours fermé à clé. Cela renforce d’autant plus leur curiosité : ils se demandent ce que cela peut cacher. Leur imagination se met à travailler. Pourquoi pas des lingots d’or accumulés là ? Des liasses de billets amassés ? Un coffre fort rempli à ras bord de pièces de monnaie ? A cette idée, ils se mettent à imaginer un tour du monde fabuleux. Daniel objecte que tout cela n’est sûrement pas facile d’accès et qu’il doit y avoir un code secret pour y parvenir. Tous les deux se perdent en conjectures. Ils se prennent à rêver à un monde merveilleux…
Ce jour là, Paul et Daniel ont presque terminé leur apprentissage de dactylographie. Ils se demandent à quoi ils vont bien pouvoir occuper leur temps. Ecrire un livre à quatre mains ?… Ils passent comme d’habitude devant l’escalier qui mène au grenier, quand tout à coup Daniel s’arrête net. Paul se cogne derrière lui et se demande ce qui lui prend. Lentement, Daniel lève le doigt vers le plafond… Stupeur ! La porte du grenier est entrouverte. Que faire ? Une frénésie grandissante les saisit. Monter ? Ne pas monter ? S’ils rencontrent un responsable ou le surveillant dans le grenier, ils risquent de sévères punitions. Copier des lignes, ramasser les feuilles mortes (à la pelle ?) et quoi d’autre encore ? La peur est trop grande et ils décident de poursuivre leur chemin.
Tandis qu’ils s’adonnent à leurs exercices, le coeur n’y est pas. Ils pensent à cette porte ouverte. Au bout de quatre heures d’exercices, ils n’y tiennent plus. Ils reviennent au pied de l’escalier. Sûrement,  la porte sera à nouveau fermée. Ils regrettent de n’avoir pas osé aller regarder. Après tout, il n’y aurait pas mort d’homme s’ils se faisaient surprendre. Revenus sur les lieux, à leur grande surprise, la porte est toujours entrebaillée. La curiosité est cette fois-ci la plus forte. La nuit commence à tomber. Il est plus facile d’être discret. Une à une, lentement, ils montent les marches de bois qui parfois, se mettent à grincer. Le bruit semble prendre la teneur d’un coup de tonnerre. Ils s’attendent à chaque instant à voir apparaître un surveillant à la mine patibulaire qui leur fera descendre plus vite qu’à l’aller ces marches fatales.
Arrivés en haut, ils poussent discrètement la porte. A l’intérieur, c’est le noir complet. Impossible d’y voir goutte. Nouvelle surprise : la serrure côté grenier contient la clé. Sans réfléchir, Paul la saisit, referme la porte à clé. Ils redescendent précipitamment les escaliers et vont se réfugier dans une salle de classe restée ouverte. Devant cette audace, Paul et Daniel se mettent à éclater de rire. Pendant un long moment, ils n’arrivent plus à s’arrêter. Paul pense même un moment qu’il va s’étouffer et s’imagine qu’il va mourir de rire. Cette expression lui semble particulièrement adaptée à cet instant. Ils finissent cependant par se calmer et reprennent leurs esprits. Ils s’interrogent : peut-être ont-ils enfermé quelqu’un dans le grenier. Il va se mettre en crier, à hurler. Que faire ? Si jamais ils vont lui ouvrir, on demandera pourquoi ils ont les clés. S’ils n’ouvrent pas, ils s’imaginent toute sorte de catastrophe (mort de faim, de soif). Ils pensent au squelette retrouvé des années plus tard…Ils retournent sur les lieux. Personne ne crie. Pas un bruit. Paul et Daniel décident d’en rester là. La semaine prochaine, si rien ne se produit, ils iront voir enfin ce qui se cache dans le grenier.
La semaine qui suit n’en finit pas. C’est la plus longue qu’ils n’aient jamais vécue. Enfin, le week-end tant attendu est arrivé. Ils pensent qu’il vaut mieux attendre la nuit pour visiter ce grenier mystérieux. Entre temps, ils ont pu se procurer une petite lampe de poche. Il leur semble que la journée du samedi a été plus longue que toute la semaine. Exceptionnellement, pas d’exercice de dactylo. Ils n’en ont même pas eu l’envie ou le désir. L’aventure proche qui s’annonce est plus forte et la tension est extrême.
Le moment tant attendu, ou tant redouté, est enfin arrivé. Vers minuit, alors que tout est calme, les deux complices rejoignent la porte du grenier. Paul sort fébrilement la clé de sa poche. Il l’introduit rapidement dans la serrure et ouvre la porte. Tous deux rentrent sans encombre dans le grenier et se renferment dans le lieu pour plus de sécurité. Ils allument la petite lampe de poche. A cet instant, une chouette dérangée prend son envol, vient frôler les épaules de Daniel qui se met à sursauter et disparaît par une fenêtre. La faible lumière révèle à leur regard tout un amas hétéroclite d’objets divers : des livres scolaires démodés, des ustensiles de cuisine abandonnés. Après avoir fouillé consciencieusement tous les recoins du grenier, ils sont un peu déçus, car ils n’ont rien découvert d’extraordinaire. Soudain Paul tape l’épaule de Daniel et indique dans un coin une armoire fermée à clé. Le cadenas est composé de quatre tambours chiffrés. L’idée leur vient alors de trouver la combinaison du cadenas. C’est ainsi qu’ils s’attellent à faire une par une toutes les possibilités. Le temps passe. Le cadenas résiste à leurs efforts. Finalement, tout a été étudié et pas moyen d’ouvrir cette serrure. Le jour ne va pas tarder à paraître. Il va falloir renoncer à poursuivre cette recherche. Paul et Daniel ne se sentent pas le courage de recommencer à moins de remettre la semaine prochaine. De rage et de déception, Paul tourne au hasard les quatre tambours puis tire le cadenas… Stupeur, il a trouvé la bonne combinaison sans connaître le code. Il remet le cadenas sur une table voisine.
Il ouvre alors la porte de l’armoire. Ce que découvrent Paul et Daniel les saisit de stupeur. A l’intérieur, sur des étagères en hauteur, se trouvent tout un attirail pour faire la fête : des cotillons, des langues de belle-mère, et surtout, tout un assortiment de fusées pour faire des feux d’artifice. Il leur prend alors l’idée d’aller faire fonctionner ces fusées et voir le résultat devant leurs yeux éblouis. Ils récupèrent le carton de fusées et vont le ranger dans un endroit reculé du grenier. Ils s’apprêtent à repartir quand des voix se font entendre dans l’escalier. Il reconnaissent la voix du professeur de mathématiques et celle du professeur de français. Ils gravissent les escaliers et font tourner leur clé dans la serrure. Paul n’a que le temps de se cacher dans l’armoire aux fusées et Daniel sous une couverture.
Les professeurs rentrent dans le grenier et se lancent dans une conversation qui s’éternise. Le coeur de Paul bat si fort la chamade qu’il a l’impression que les intrus vont l’entendre. C’est alors que l’un des profs remarque le cadenas sur la table. “Tiens, dit-il, on a oublié de refermer cette armoire. Cela n’est pas très prudent.” Il remet le cadenas dans la serrure et referme la porte de l’armoire à clé laissant Paul enfermé dans l’armoire… Les deux professeurs repartent et le grenier retombe dans le silence. Mais que va devenir Paul enfermé dans l’armoire ? Comment sortir de ce guêpier ?…
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